« Ce qui est délicat, c’est de sentir à quel moment le couple et la puissance arrivent »

Kenny Foray est, avec Mike Di Meglio et Randy De Puniet, l’un des trois pilotes français engagés sur la nouvelle formule Moto E, qui s’inscrit au calendrier MotoGP. Le pilotage d’une moto électrique au cœur de ce championnat du monde ultra-relevé réserve quelques surprises, que nous dévoile Kenny.

Est-ce difficile de passer d’une moto d’endurance à une moto électrique ?

Cela reste une bonne moto, mais elle est très lourde, près de 260 kilos. De plus, il n’y a pas de vitesses, pas d’embrayage. Le fait qu’il n’y ait pas de sélecteur est étrange. Donc ce n’est pas facile, encore une fois parce qu’on n’a pas beaucoup de tours. C’est ce faible nombre de tours qui fait qu’il est plus facile de passer d’une moto électrique à une moto thermique que l’inverse. Et puis c’est davantage dans mes habitudes de passer des vitesses. C’est difficile de tout changer en seulement sept tours. Mais la différence n’est pas énorme, parce que foncièrement c’est une moto.

En quoi le pilotage d’une moto électrique diffère-t-il de celui d’une moto thermique ?

Puisqu’il n’y a pas de vitesses à passer on se concentre sur la poignée d’accélération. Et là, c’est pareil que sur les motos normales : plus tu accélères, plus tu vas vite… Ce qui est délicat, c’est de bien sentir où est la puissance et quand elle arrive. On peut se faire surprendre avec le couple, parce que ça pousse toujours fort même quand on pense qu’il n’y a pas de puissance. En termes de pilotage, la difficulté, puisqu’elle est lourde, c’est d’arrêter la moto. Les freinages sont compliqués. Les ressorts sont très durs par rapport à une moto thermique. C’est un point qui me pose problème, parce que lorsqu’on freine trop fort, on met tout en contrainte et on bloque la roue avant. La bonne technique est de freiner moins fort et de favoriser la vitesse de passage. Encore une fois, je peux m’habituer à ce style de pilotage, mais j’aurais besoin de temps et de roulage. Le défi est d’être performant sur un laps de temps très court. Sur un week-end complet, on fait entre 20 et 25 tours, au mieux. Je suis davantage habitué à avoir du temps, puisque je suis un pilote d’endurance.

L’arrivée brutale du couple pose-t-il des problèmes d’adhérence ?

Pas forcément, parce que les pneus sont étudiés pour cette moto, et heureusement qu’ils sont bons, car on n’a pas d’électronique. On arrive à contrôler la puissance maxi quand on est dans un « régime » élevé, mais dans un virage, c’est parfois difficile de sentir le couple que l’on a. Ce couple est omniprésent, et c’est ce qui a pu en surprendre certains. A Valence lors des premiers essais, il y a eu tellement de chutes en high-side qu’on se serait crus à l’époque des deux-temps…

Le poids élevé rend-il la moto physique à piloter ?

Ce n’est pas un souci, mais il faut s’y habituer. On sent que les épaules travaillent, même si on ne fait que quelques tours. On sent bien le poids de la moto, parce qu’on a besoin de s’engager. A Misano par exemple, où il y a du rythme et beaucoup de virages, c’est dur. On ne pourrait peut-être pas faire 25 tours, même si l’autonomie le permettait…

Dans quel domaine penses-tu avoir le plus de progrès à faire avec cette moto ?

Les entrées de virages. J’ai la chance d’avoir un coéquipier qui roule vraiment bien. Je freine 5 à 10 mètres plus tard que lui. Mais lui réaccélère plus tôt, et c’est plus efficace. Il faut que j’accepte de ne pas freiner trop fort, pour pouvoir rentrer à une vitesse plus normale dans le virage et surtout accélérer plus tôt. Il faut toujours garder de la vitesse pour relancer la moto le plus rapidement possible. C’est différent de ce qu’on a l’habitude de faire avec les motos thermiques.

Mets-tu des bouchons d’oreille avec ces motos silencieuses ? Entends-tu le frottement de ton slider au sol ?

Je mettais des bouchons au départ, mais j’ai arrêté pour mieux entendre le sifflement du moteur. C’est vrai que j’entends les sliders. Ce qui est plus troublant, c’est de ne pas entendre arriver les adversaires. C’est plus surprenant quand on se fait doubler.