« Même si on a son propre style, on peut comprendre plein de choses en observant les autres »

Pilote français le plus en vue, Johann Zarco a déjà marqué l’histoire en remportant deux titres mondiaux en Moto2. Dès son arrivée en MotoGP au guidon de la Yamaha Tech3, il a fait peur aux plus grands et continue d’impressionner. Il nous livre ses précieux conseils sur la position de conduite.

De quelle façon as-tu dû adapter ta position de conduite en passant en MotoGP ?

Il a fallu que j’engage beaucoup plus mon corps dans les virages. À position identique, en Moto2 j’aurais pu perdre l’avant et glisser dans les virages car les pneus ne permettaient pas ce style de pilotage. En MotoGP, lorsqu’on freine et qu’on rentre dans le virage, on peut tout lâcher pour tourner, et c’est ensuite qu’on réaccélère. Donc il m’a fallu apprendre à bien utiliser mon corps pour emmener la moto, sans me demander si j’allais pouvoir la rattraper si elle partait. Il faut se persuader que la moto ne partira pas, et piloter en fonction de ça…

Pilotes-tu davantage avec les jambes qu’avec les bras ?

Oui, il est conseillé de piloter avec les jambes car on a plus de forces qu’avec les bras. De manière générale, il faut savoir utiliser tout son corps et l’optimiser en faisant les bons gestes aux bons moments. C’est ça le secret…

En quoi poser le coude est-il utile ?

Cela donne un repère par rapport à l’angle, mais fondamentalement c’est la pose du genou qui est la plus utile, car on a un appui pour rattraper la moto si on la sent partir. Ces points sont de vrais éléments de repères pour le pilotage. Si la moto tient très bien, on peut pencher davantage et c’est là que le coude commence à toucher, on a alors une idée de notre position. Mais il faut garder à l’esprit que laisser traîner le coude par terre trop longtemps veut dire qu’on a pas pu redresser rapidement la moto pour accélérer...

Est-il utile de pouvoir se caler contre l’arrière de la selle pour les accélérations ?

On a déjà un grip sur la selle qui nous empêche de partir trop en arrière, donc pour l’instant ce n’est pas ma technique mais c’est une question vraiment pertinente car j’y réfléchis ! Ce serait un cap à passer de trouver comment se caler à l’arrière de la selle au moment de l'accélération, car j’ai toujours un peu d’espace et je ne vais toucher le bout de la selle à l’arrière que dans la ligne droite pour avoir le meilleur aérodynamisme possible.

L’aérodynamique générée par la position de conduite est-elle importante en MotoGP ?

C’est très important pour la vitesse de pointe d’avoir une moto stable et de pouvoir se reposer, car si on sort la tête à plus de 300 km/h, on est vraiment secoué ! Donc il vaut mieux rester couché, bien profilé sur la moto, et ne pas subir tout cet air qu’on défie.

As-tu déjà pu comparer ton aérodynamisme avec celle de tes adversaires ?

Non, nous n’avons pas fait de travail détaillé sur ma position, sûrement parce que je ne suis pas dans une équipe officielle, mais aussi parce que les déficits de vitesse ne sont pas forcément dus à l’aérodynamisme du pilote mais à la puissance de la moto.

Serres-tu fort la poignée d’accélérateur ou gardes-tu le poignet souple ?

Je peux observer sur les photo que mes poignets sont souples, avec la partie extérieure de la main bien relâchée. L’idéal est d’aller vite sans trop tenir le guidon. Quand tout se passe bien, on a pas besoin de s’accrocher…

Es-tu adepte d’un guidon plutôt ouvert ou plutôt fermé ?

Je dirais plutôt ouvert, cela permet de mieux piloter la moto et de donner plus d’aisance sur un changement d’angle. Maintenant tous les pilotes bougent beaucoup de droite à gauche sur la moto, et le fait d’avoir un guidon ouvert, en cas de guidonnage ou de mouvement, nous laisse plus d’amplitude pour ajuster le positionnement de la moto. 

La position de conduite de certains pilotes t'interpelle-t-elle ?

Nous avons beaucoup étudié sa position de Ben Spies, avec Laurent Fellon, mon team manager. Sa position, ce n’était pas simplement « coudes écartés », il déhanchait beaucoup et il bougeait bien de droite à gauche. Comme Edwards il a été champion du monde en catégorie Superbike, mais lui en cas de problème il pouvait le compenser davantage en bougeant sur la moto. Laurent m’a toujours poussé à être très mobile, car en cas de problème on peut presque tout régler uniquement par le pilotage. De la même manière, la position de Marquez est toujours à étudier, comme celle de Lorenzo, d’autant plus qu’il était sur une Yamaha M1, comme moi aujourd’hui. Il faut prendre enseignement de tous, car même si on a son propre style, on peut comprendre plein de choses en observant les autres.

En cas de pluie, comment doit-on adapter sa position de conduite ?

Cela dépend beaucoup de l'adhérence de la piste en condition de pluie, mais il faut quand même laisser un certain poids sur la moto pour quelle fonctionne bien. On a tendance à beaucoup déhancher pour se donner de la sécurité et mettre moins d’angle en cas de pluie, mais cela enlève tellement de poids que parfois la moto réagit très mal. Avant même de déhancher beaucoup, Il faut d’abord bien écarter le genou pour vite avoir un repère au sol, afin de pouvoir prendre plus d’angle. De manière générale, un style plus doux est nécessaire sous la pluie, car il faut éviter les mouvements brusques qui peuvent vite faire perdre l'adhérence.