“ Il faut savoir faire évoluer ses trajectoires en fonction de l’état du terrain  ”

Avec deux titres mondiaux et sept titres de championne de France, Livia Lancelot occupe les devants de la scène féminine en motocross depuis 2010. Elle se consacre aujourd’hui pleinement à ses fonctions de team-manager dans sa structure OneOneFour et a bien voulu répondre à nos questions.

Est-il important d’aller reconnaître le terrain ?

C’est très important, même si c’est un terrain qu’on connaît déjà. On ne sait jamais quand la piste est refaite, si un piquet de clôture a été bougé, si un saut va être un peu plus raide ou plus bas que d’habitude... Donc avant une course, c’est vraiment essentiel d’aller faire le tour de la piste à pied. Au pire, pour un entraînement, on peut toujours faire le premier tour au ralenti.

Quelles sont les principales difficultés pour garder les mêmes trajectoires ?

Dans toutes les courses, il faut composer avec la trajectoire des autres participants. Les terrains en sable changent à chaque tour, donc il faut s’adapter. Tout est question de concentration, il ne faut surtout pas se forcer à garder sa trajectoire quand le terrain se dégrade. Si pendant la course la trajectoire initiale n’est plus la plus rapide, il faut en changer : il faut savoir toujours faire évoluer ses trajectoires !

Quels sont les terrains les plus difficiles physiquement ?

Les terrains sablonneux sont de loin les plus difficiles. Au fil des tours, ils commencent à se défoncer : c’est très éprouvant pour le dos et pour les jambes. Les terrains les plus simples à aborder physiquement sont ceux qui sont secs, en béton, sans ornières, car il n'y a ni gros freinages ni grosse accélération.

Quel type de piste est le plus piégeux ?

Lorsqu’il y a des cailloux, on ne peut pas vraiment contrôler la moto. Mais un terrain en béton est délicat à aborder, car on est tenté d’aller vite alors que le terrain n’est pas fait pour, le risque de chute est alors plus important.

Comment se préparer à des changements de conditions climatiques pendant une course ?

Première chose : il faut préparer des paires de lunettes pour anticiper les changements de conditions, par exemple prévoir des teintes d’écrans différentes si du soleil est annoncé. Il faut aussi avoir une bonne connaissance de la piste et se préparer psychologiquement à un changement imminent, donc anticiper un maximum pour ne pas se faire surprendre.

Les pistes à forts dénivelés présentent-elles plus de risques que les terrains plats ?

Pas vraiment. Tout dépend de la façon dont la piste est construite. Si le terrain comporte des sauts typés “SX”, c’est plus dangereux qu’un terrain avec de forts dénivelés. Mais dans une grosse descente il y a plus de risque de prendre un trou et de passer par-dessus la moto au freinage. Les deux types de terrains comportent des risques différents. Encore une fois, tout est question de préparation et d’anticipation.

Dans quels cas faut-il utiliser ou éviter les ornières?

Tout dépend de ton pilotage et de l’ornière en question. Normalement, en plus d’une meilleure adhérence, quand on peut caler les roues de la moto dans l’ornière c’est plus rapide que de passer à côté. Mais si l’ornière est trop profonde, pas droite ou cassée, là il faut essayer de changer de trace. Généralement en cas d’énorme ornière, cela signifie souvent qu’à coté il y en a une autre... il faut choisir la moins pire!

Quel est le plus important pour s’adapter au terrain : les pneumatiques ou les suspensions ?

Les suspensions, sans aucun doute. Ce n’est pas comme en épreuve de vitesse, même si en motocross les pneumatiques sont importants selon les différentes textures de terrain. Aujourd’hui je préfère partir avec un pneu pas adapté mais avec de très bonnes suspensions, plutôt que le contraire.

Dans quelles mesures le public peut avoir une influence positive ou négative?

Tout dépend comment on voit les choses. Par exemple, pour un pilote français, un Grand Prix de France est chargé en émotion, en stress, en énergie. Il faut alors transformer tout cela en énergie positive. Parfois, les gens se demandent si les pilotes entendent hurler le public au bord de la piste : oui ! On entend même très bien ! On a même l’impression que les gens sont à un mètre de nous alors qu”ils sont à dix bons mètres de la piste… et là il faut vraiment le prendre comme quelque chose de positif et surtout ne pas se mettre la pression… Parce que tout le monde nous regarde.

Les conditions météo : froid, pluie, chaleur… influencent-elles les résultats ?

Énormément. Certains pilotes réagissent mieux au froid ou à la chaleur, tout le monde a sa petite préférence. C’est comme certains qui préfèrent partir en vacances à la montagne l’hiver, et d’autres au soleil l’été… là c’est pareil. Aussi, rouler par temps de pluie peut vite être compliqué si on n’a pas préparé ses lunettes ou si on ne va jamais s’entrainer quand il pleut ! Tout cela influe forcément sur le résultat. Personnellement, je n’aime pas trop le froid, je suis plus à l’aise quand il fait chaud. Et autant rouler dans la boue ne me dérange pas, autant rouler sous la pluie ne me plaît pas trop car on n’a pas une très bonne visibilité.

Quelles conditions sont les plus délicates pour l’adhérence ?

Le pire, c’est quand la piste est béton à la base. Quand on commence à rouler et que les traces deviennent toutes bleues. Il ne manque plus qu’un orage éclate par-dessus… c’est alors celui qui ne tombe pas qui gagne la manche.

Y a-t-il une stratégie différente en fonction des circuits ?

Pas vraiment, la stratégie est plutôt définie en fonction des adversaires, de notre état de forme, de notre approche de la piste, du classement qu’on a dans le championnat... On peut adopter une stratégie de défense ou d’attaque. Réussir à faire un bon résultat pendant les mauvais jours : c’est comme cela qu’on gagne des championnats! Je ne pense que ce soit directement lié à la piste.

Une course devant ton public est-elle pour toi une source de motivation ou de stress ?

C’est de loin une source de motivation. Même si les Grand Prix de France n’ont pas tous été à mon avantage, j’ai toujours apprécié cette course et l’ai toujours attendue avec impatience. Ce sont des souvenirs vraiment forts pour la suite, avec énormément de soutien et d’encouragements de la part du public. Si on ne se laisse pas envahir par le stress et qu’on prend tout cela dans le bon sens, c’est une expérience incroyable à vivre.