“ La difficulté, c’est d’arriver le plus vite possible sur un saut et de rester au plus près du sol… ”

Arrivé en Grands Prix en 2013, Benoît Paturel est l’un des top pilotes français du motocross mondial, figurant d’ailleurs dans la sélection française victorieuse du MX des Nations en 2016. Vainqueur d’un Grand Prix MX2 (Suisse – 2017), le pilote lyonnais est passé dans la catégorie-reine, le MXGP à l’âge de 23 ans. Pilote solide et déterminé, Benoît nous fait partager son expérience.

Comment préparer un saut ?

Quand on commence la moto, c’est-ce qui vient en dernier. C’est une étape assez dangereuse, c’est pour cela qu’il faut avoir un peu d’expérience. Au début, on apprend les virages, les positions, puis la technique et la confiance font qu’on aborde les sauts plus facilement. Au fil du temps, ça vient avec le feeling. A mon niveau, le but est d’arriver le plus vite possible sur un saut et de monter le moins haut possible. Quand tu commences à sauter, il faut arriver tranquille et mettre progressivement du gaz dans l’appel du saut. Le plus dur à négocier pour un amateur, c’est l’assiette de la moto en l’air. Il ne faut pas être trop ni sur l’arrière, ni sur l’avant, donc faire corps avec la moto. Et surtout ne pas appréhender, sinon on va à la catastrophe.

A quel moment faut-il donner une impulsion ?

Ça dépend de l’appel des sauts, s’il est prononcé ou non. Si c’est plat ou peu prononcé, il faut jouer avec les jambes et les suspensions en haut de la crête. Si l’appel est prononcé, ça va le faire tout seul mais il faut faire attention à ne pas partir sur l’avant, parce que la suspension arrière va avoir tendance à se comprimer sur l’appel.

Quelle est la meilleure technique pour gérer une bonne réception ?

Comme pour l’appel, il faut être debout. Un saut se prend debout. Il faut aussi garder les gaz à la réception, parce que si tu te poses sans accélérer, la moto va faire ce qu’elle veut. Donc il faut ouvrir les gaz une à deux secondes avant de se poser sur la terre.

Les sauts constituent-ils le point essentiel pour régler les suspensions ?

Pas vraiment. C’est un détail. Si la moto est bien réglée, ça va mieux, mais on règle surtout les suspensions pour les trous, freinages, accélérations, descentes, etc.

Quelles situations de sauts sont les plus périlleuses ?

Ceux qui comportent des ornières ou des trous dans l’appel. Là il faut de l’expérience pour savoir maîtriser sa moto, afin de pouvoir la rattraper si elle part sur l’arrière ou sur l’avant.

Quel type de saut nécessite un amorti ?      

A mon niveau, tout type de saut. On essaie de décoller le moins possible pour retomber le plus vite possible au sol. La difficulté, c’est d’arriver le plus vite possible sur un saut et de rester au plus près du sol pour reprendre vite le contact afin de mettre du gaz… Pour les amateurs, il faut privilégier les sauts avec des appels doux et des réceptions douces, c’est moins dangereux.

Dans quel cas peut-on effectuer un dépassement à l'occasion d'un saut ?

Il n’y a pas vraiment de critère. En course, dès que tu as une occasion, tu y vas.

Quel type de saut préfères-tu (camel, double, jump-on jump-off,...)

Je n’ai pas de préférence très marquée, mais on va dire camel

La correction de l'assiette durant un saut est-elle facile ?

A mon niveau oui. Quand on débute on va avoir tendance à partir sur l’arrière, à cause de la peur de partir sur l’avant. Après on peut apprendre à actionner le frein arrière, qui fait redresser la moto si on part trop sur l’arrière.

T'est-il déjà arrivé de sauter de la moto durant un saut ?

Oui. Je ne conseille pas de le réaliser. J’avais perdu l’avant de la moto en voulant faire un amorti aux Etats-Unis. D’ailleurs la vidéo est sur YouTube…

Les whoops se gèrent-ils comme une succession de sauts ?

Pas du tout, c’est totalement à part, ce sont des petites bosses rapprochées et très techniques. En termes de technicité, je pense que c’est l’obstacle le plus dur en moto. ça ne se prend pas du tout comme un saut, c’est totalement à part.

Doit-on s'efforcer de sauter de la même façon à chaque tour ?

Dans la mesure du possible, oui. Après tout dépend si on est en course, en bagarre, si des ornières se forment. On ne peut pas être précis comme en MotoGP. Mais le but est de réaliser les mêmes sauts à l’entraînement, pour être le plus précis possible.

Y a-t-il une règle à respecter quand plusieurs pilotes attaquent un saut en même temps ?

Ne pas sauter si ça ne saute pas devant, sinon ça peut tourner à la catastrophe. Si on se retrouve à quatre ou cinq en même temps, il faut être prudent, choisir sa ligne et la garder, ne pas se décaler au dernier moment. L’instinct joue beaucoup dans ces cas-là.